Mon travail photographique est caractérisé par une esthétique et un cadre rigoureux, par des thèmes tels l’abandon, le vide et le temps. Lors de mes études en photographie au cégep de Matane, j’ai fait plusieurs recherches d’extériorisation du malaise social qui m’habitait et m’entourait par des images que j’ai regroupées plus tard sous le thème de « Sentimentalementparlant ». C’est aussi à cette époque qu’émergent plusieurs ébauches de projets que je peaufine dès mon arrivée à Montréal.
C’est par une prise de vue de style documentaire que je fais découvrir ma vision de la Métropole, entre autres par mes « terrains vagues », mes « vaisseaux fantômes » et d’autres essais comme « […] et un jour, tous les avions tomberont ». Chaque élément qui compose l’image est important, même s’il paraît insignifiant. C’est toujours avec un grand respect des lieux que je photographie et ce, sans jamais rien déplacer. C’est d’ailleurs mon plus grand défi : la structure visuelle versus le relâchement émotionnel, c’est-à-dire que la composition de l’image domine très souvent ma liberté de création. Il m’arrive donc de ne pas faire une image, dont le sujet est pourtant intéressant, simplement parce que je ne suis pas capable d’intégrer ou de supprimer un élément à la composition.
De retour dans ma ville natale pour un travail de caméraman / monteur, je délaisse la photographie quelque temps. Ce n’est que deux ans plus tard que je reprends mes recherches personnelles et que je donne naissance au projet snap/shot, images entièrement faites à l’aide d’un appareil photo numérique compact. Le but de cet essai est de photographier à tous les jours, n’importe quoi, sans concept établi, pour ne pas perdre la passion. Une nouvelle façon pour moi de m’exprimer de manière plus subjective et de saisir les opportunités photographiques du moment.
Aujourd’hui, en plus de ma pratique photographique des plus actives, je travaille de plus en plus à l’aide d’images vidéo. Mon travail de caméraman / monteur ne me permet plus de voir le monde qui m’entoure qu’en images fixes. Le cadre est majoritairement immobile et les éléments qui le composent doivent pouvoir s’exprimer et bouger librement à l’intérieur de celui-ci. La succession des plans représente ce que j’appelle un « film photographique ». De cette nouvelle approche est né « Rivière-du-Loup en quatre actes » qui, par sa poésie visuelle, son rythme et sa musique ambiante, donne de l’importance à des événements, des lieux, des détails banals de la ville qui sont souvent oubliés ou négligés.
Cela fait présentement plus de dix ans que je photographie ma vie, que je tente d’extérioriser mes souffrances, mes passions et que je montre mes « attirantes répulsions ». Mon regard est maintenant tourné vers ma région.
© François «Lewis» Gamache
